Interview: Francis Loup

Rencontre du troisième type. Militant des premières heures, il a contribué à sa façon à l’évolution et à la médiatisation du SM en France et en europe. Voici donc la première partie de l’entretien que j’ai eu un soir à Paris avec Francis Loup. j’espère que V/vous aurez autant de plaisir à lire cet interview que j’en ai eu à le faire.

Véritable homme orchestre vous êtes tour à tour, graphiste, photographe,attaché de presse, organisateur de soirées fétichiste, Dj’s et réalisateur.On peut dire que vous êtes devenu une figure incontournable de l’univers fetish français. Comment tout cela a t’il commencé ?

J’ai commencé par les fanzines (1) à l’age de 17 ans. C’est l’ancêtre du blog version papier. J’étais punk dans les années 70, avec mes potes nous faisions des fanzines de bd fait à base de collages, d’interview et de chroniques. J’ai voulu ensuite faire un fanzine sur le SM. Etant mineur je pouvais le faire mais pas le lire, c’est tout le paradoxe des lois. Ainsi on peut en tant que mineur être photographe et faire des photos pornographiques tant que l’on ne pose pas sur les photos. Par la suite je suis devenu rédacteur en chef du magazine « Secret Magazine » (2) qui était édité par la Boutique Minuit (3) en Belgique. Je les connaissais depuis longtemps puisque j’avais déjà édité moi-même des magazines comme souffrances puis Moda-Moda. J’avais même ouvert une première librairie érotique juste en face de leur boutique. Librairie fermée avec violence par les autorités Belges en 1984. Et comme je travaillais pour le magazine donc travailler pour la boutique fut un prolongement naturel.

Comment avez vous découvert le mot SM ?

En faite je ne connaissais pas le mot SM mais ayant la chance de venir d’une famille non croyante et surtout très ouverte, j’ai eu la possibilité de lire un certains nombres d’ouvrages en toute liberté (Jean Paul Sartre (4), André Breton, Guillaume Appolinaire, Pauline Reage (5)). Je lisais également le journal libération depuis l’age de 16 ans. Je voulais connaître et comprendre les mots. Le film histoire d’O était sorti quelque temps auparavant au cinéma. Il y avait également les bd un peu cruelles comme vampirella (6) qui allait très loin. Les photos et les illustrations d’Eric Stanton (7), les dessins de Gene Bilbrew (8) plus connu sous le pseudo d’Eneg, John Willie (9), la revue Bizarre (10). IL y avait un véritable esthétisme du bondage dans les années 50. Car à cette époque la représentation de personnes nues était interdite, donc les photographes, les dessinateurs devaient faire preuve de beaucoup d’imagination pour pouvoir s’exprimer. D’où la naissance d’illustration représentant des femmes avec des talons vertigineux, ou encore des femmes savamment attachées pour mieux distinguer toute leurs formes. Ce n’est qu’à la fin des années 70 que ces ouvrages furent ré édités. A la différence de maintenant, tout était fantasmé. Alors que maintenant nous avons des témoignages. Dans les années 80 les films ont été autorisés, mais l’imagination s’était tarie. Par contre on arrêta de dire des conneries.

Sachant que tout ce passait par le biais de la presse écrite au travers des différents ouvrages que vous nous avez cités, comment sont nées les premières soirées SM?

Tout a commencé dans les années 80, du temps de François Mitterrand, la communauté gay commençait à se manifester et à vouloir être reconnue. Nous avons voulu en faire autant. Tout a commencé quand le mec de Skin Two (11) et le mec de Demask (12) ont organisé la première soirée SM à Amsterdam en 1990. Ce fut un véritable succès. En France le premier à le faire fut Pascal en 1991. Nous nous l’avons fait un peu après en Belgique. Comme je vous l’avais dit, moi je travaillais à la Boutique Minuit de Bruxelles. Avant de nous lancer, nous avions posé pleins de questions aux organisateurs d’Amsterdam. Tel que comment ils avaient fait pour sélectionner les participants. C’est ainsi que comme eux nous avons fait le dress code, pour ne pas avoir n’importe qui. On a du affronter la police, qui se demandait ce qu’on l’on foutait car bien sur nous avions besoin d’avoir les autorisations pour nous permettre de réaliser ces évènements. Les sarcastiques n’étaient pas que de la police d’ailleurs, beaucoup pensaient qu’un rassemblement SM ne pouvait pas fonctionner. Que c’était impossible. Pire, que cela allait tout simplement dégénérer. Pour avoir les accréditations nous avons du présenter cela autrement. Nous avons mis en avant qu’il y aurait des pistes de danses. La première soirée fut donc organisée avec le patron de la Boutique Minuit, un photographe, un lecteur et moi même, nous étions 4. On avait organisé la soirée dans un restaurant avec repas inclus. Pour l’organisation de la 2eme soirée on était plus que 2, et j’ai continué seul dès la 3ème soirée.     

On peut dire que si vous vous être trouvé sur le devant de la scène, c’est parce que rien n’existait, qu’il y avait tout à faire et que vous aviez envie de le faire ? 

Tout à fait et c’est dans ce contexte que l’association a été créé. Pour permettre d’avoir une structure légal pour pouvoir tout organiser. Il y  a 20 ans je ne pouvais pas mettre le but réel, maintenant je peux dire que l’association est là pour faire la promotion des arts fétichistes.

Avant les années 90 comment faisaient les fétichistes pour se rencontrer et pour se tenir informé?     

Il y avait les magazines. Par le biais des petites annonces, mais il se passait en général deux semaines entre chaque échange. La presse à connotation SM existait depuis le début des années 80. Les gens s’écrivaient par voie postale. Les gens se sont vu en public pour la première fois lors des soirées.

Comment et pourquoi vous êtes vous tourné vers la photo alors que vous étiez déjà organisateur de soirée, attaché de presse et graphiste ?

En tant qu’organisateur de soirée, je faisais appel à des photographes pour réaliser les flyers. Sachant que sur ceux ci nous devons toujours mettre énormément d’informations, j’avais souvent des reproches des photographes pour avoir « écorché » leur photo. Graphiste avant tout, je me suis mis à la photo pour ne plus m’engueuler avec mes potes.  Cela devenait tellement tendu… avec l’arrivée du numérique, je me suis mis à faire mes photos. Je pensais que cela les ferait réagir mais pas du tout. Personne ne m’a proposé de faire les photos à ma place. Surtout que je ne suis pas photographe à la base, mais heureusement avec ma formation de graphiste et surtout avec l’arrivée du numérique, je peux corriger toutes les imperfections que je ne manque pas de faire pour arriver au résultat escompté. Lors de mes séances photos je n’utilise pas de gros appareils photos. J’en ai un simple qui fonctionne très bien. J’ai pu remarquer que les gens ne réagissent pas de la même façon selon qui soient face à un gros appareil au lieu d’un petit. Aussi durant mon voyage au Japon j’ai plus souvent utilisé le petit que le gros.

 

Ne regrettez vous pas l’époque ou tout était à faire ?

Non car le meilleur reste à venir

Internet a permis au SM de se développer ?

Oui mais en même temps cela a tué la presse écrite. 

(1) fanzine : est une contraction de fan magazine. C’est un journal libre, périodique ou apériodique, indépendant, parfois clandestin (une large majorité des fanzines n’ont pas de dépôt légal), créé et réalisé de manière désintéressée par des passionnés, pour d’autres passionnés et publié sous l’égide du Do it yourself slogan de Jerry Rubin repris par les punk en 1977. Souvent spécialisé le fanzine est soumis a aucun impératif de vente et l’on peut se le procurer dans quelques distros, librairies, disquaires spécialisés.(2) secret magazine est un magazine spécialisé dans l’univers Fetish.(3) Boutique Minuit est un magasin incontournable de Bruxelles.(4) Les écrivains comme André Breton, Jean Paul Sartre, Guillaume Appolinaire voulaient défendre une certaine liberté morale. (5) L’auteur d’Histoire d’O a marqué les esprits car d’une part c’était une femme et d’autre part son approche du sexe était plus cru que ce que pouvait écrire les hommes à cet époque. (6) Vampirella est un personnage de fiction créé par l’américain Forrest J Ackerman (1916 – 2008) en septembre 1969. Vampirella 1 publié par Warren Publishing met en scène une héroïne vampire et court vêtue. Ce magazine en noir et blanc dans le style des comics d’horreur, durera 112 numéro et paraitra jusqu’en 1983. La première équipe artistique était constituée d’Archie Goodwin (scenario) Frank Frazetta (illustration de couverture) et Tom Sutton (dessin). Les directeurs de publication et scenaristes successifs furent Bill Parente, Archie Goodwin, Billy Graham, Bill DuBay et Louise Jones. (7) Photographe et surtout illustrateur Eric Stanton (30 septembre 1926 – 17 mars 1999) né Ernest Stanzoni est un artiste de bondage et fétichisme américain. Stanton aimait a dépeindre les femmes comme des dominatrices. De 1958 à 1966, Eric Stanton a travaillé dans le studio qu’il avait créé avec le dessinateur de comics Steve Ditko. Eric Stanton a publié durant de nombreuses années des bandes dessinées érotiques et pornographiques en réponse a des commandes privées. Il se chargeait d’illustrer et/ou de scénariser les fantasmes de ses commanditaires. Avec John Willie, il est l’un des nombreux artistes a avoir popularisé l’art du BDSM, a travers notamment la mise en scène de la célèbre modèle aussi glamour qu’espiègle Betty Page. (8) Eugène « Gene » Bilbrew (1923/1974) était dessinateur et artiste fétichiste connu aussi sous plusieurs pseudonyme tels que Van Road, GB Bondy et Eneg. Il fait ses début en 1951 dans le « sentinel los angeles  » avec la série « The Bronze Bomber », avec Bill Alexander et continua de créé des personnages comme la princesse Elaine et madame le bondage. Il illustra de nombreuses publications pour le magazine « Exotique » de 1956 à 1959. (9)  c’est dans la revue Bizarre que les lecteurs découvrirent l’univers de John Willie, à travers un panel de textes, d’images et de photos signés de la main de l’artiste et parfois d’un ou deux collaborateurs. Ce magazine vendu par correspondance occupa Willie de 1946 à 1957 date à laquelle il céda le magazine. Il fut surtout connu pour son travail sur la série érotique Gwendoline, adapté en film en 1984 par Just Jaeckin. (10) Bizarre est une revue littéraire et artistique fortement influencée par le surréalisme. Fondé par Michel Laclos, éditée par Eric Losfeld en 1953 puis repris Jean Jacques Pauvert en 1955 après deux numéros, elle a publié 48 numéros de 1953 à 1968. (11) Skin two, seconde peau est un magazine fetish. (12) Demask est la première boutique fetish et surtout le premier organisateur de soirée fétish dans le monde.  

 

 

Suite...

0 commentaires à “Interview: Francis Loup”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


  • Album : PETPLAY
    <b>tumblr_mkqr8lCb0m1s9gqgbo1_1280</b> <br />

www.les-anges-dechues.com

www.les-anges-dechues.com

Calendrier

juin 2013
L Ma Me J V S D
« mai   août »
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

Visiteurs

Il y a 2 visiteurs en ligne

Le bogoss |
momo1775 |
cinéma gay et lesbien |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Confessions Intimes
| belleisabelle
| hentai0manga